L’expérience furtive : vie et survie d’un étudiant dans une « nouvelle communauté de penseurs » ? (Guillaume Dufour Morin, Université du Québec à Rimouski)

Note : Cette communication a été présentée avec un diaporama. Les quatre passages en italiques correspondent aux quatre actions furtives documentées dans le diaporama, chaque action renvoyant, dans l’ordre, à son passage. 

*

Au mois de mai, il y a un jour,

le 11 mai, pour être précis,

un homme alla dans une bibliothèque d’une université en ruine.

Le nom de cet homme n’est pas important.

Il est mort ou peut-être mort, mais l’art est vivant.

Pas besoin de noms dans cette histoire.

 

Un homme, donc,

alla dans une bibliothèque d’une université en ruine.

Pour consultation sans condition, c’est quelque chose comme un nom.

De quelque chose de furtif,

comme une suite d’actions, comme une question, une expérience de l’espace de qui, subrepticement,

tente d’habiter quelque chose

comme une bibliothèque d’une université en ruine.

 

Si l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art,

si l’on espère de l’université qu’elle me permette de vivre, créer et penser sans condition

même si c’est en secret, je vous le confie :

 

je me permets

de jouer avec la réalité que j’habite,

furtivement ;

avec ce contexte,

je me permets

de jouer avec la réalité,

d’installer un dissensus, de détourner une question, un dispositif dans l’espace ;

de rendre visible l’invisible, de mettre en action la relation entre l’action, l’écriture et l’écrit ;

de matérialiser et d’activer le texte, l’idée, le contexte[i].

Dans ce contexte, dans cette université en ruine cumulant les ruines du savoir absolu, dans ses bibliothèques,

dans ce contexte, celui de l’ACFAS, celui de ce colloque,

je me permets de vivre, de créer et de penser.

Et c’est un jeu que

je m’enseigne, que j’apprends, qu’on m’enseigne,

quelques fois, le plus souvent, furtivement ;

c’est une manière de vivre, de créer et de penser

que je me permets inconditionnellement,

que je me propose de jouer

comme étudiant dans les ruines de l’université

 

Voici :

quelques commentaires

sans raison sur

quelques dispositifs de contrôle de l’excellence de l’ordre du savoir

d’une bibliothèque d’une université en ruine ;

et donc, voici donc,

en archives, une action furtive ;

quelques commentaires sans raison apparente

sur la « date de retour » :

– C’est bien.

– C’est faux.

– C’est quand tu veux.

– C’est quelque chose…

– C’est bon.

– C’est bien ce que tu penses.

– C’est sûr.

– C’est certain.

– Ça se sent.

– Ça se prend bien.

– C’est toujours pire.

– C’est toujours mieux.

– C’est mieux que rien…

– C’est pire.

– C’est vrai.

– C’est rien.

– C’est con.

– C’est parfait.

– Ça fait plaisir.

– C’est trop.

– C’est trop trop.

– C’est assez.

– C’est terminé.

– C’est la fin.

– C’est excellent !

– C’est ça qui est ça…

*

« L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art », disait l’artiste Robert Filliou. Mais si la création a réussi à se tailler une place dans nos universités, entre autres par la valorisation de la recherche-création, il me semble qu’il demeure difficile dans nos universités que l’art, sinon la pensée, soit l’objet d’une transmission par une expérience vivifiante, c’est-à-dire quelque chose qui s’éprouve, qui se vit qui, en se vivant, rend la vie plus intéressante, nous rend plus disposés à habiter l’humaine condition, au-delà de toutes disciplines, dans et au-delà de l’université.

C’est sans trop de difficultés apparentes que les départements d’arts ou de littérature se plient aux exigences de la logique et à l’impertinence de la rentabilité et de l’idée d’excellence pour survivre, pour exceller, si bien que l’on peut s’interroger sur le rôle de la création telle qu’instituée, telle que validée, dans l’université actuelle. Ce faisant, la critique de l’université de Bill Readings telle que formulée dans son essai Dans les ruines de l’université conserve son actualité, pour sa critique de l’idée d’excellence telle que promue et pratiquée par nos universités actuelles et pour sa valorisation d’un penser-ensemble d’une communauté du dissensus, « nouvelle communauté de penseurs » dont le statut est plus qu’incertain actuellement, faute, il me semble, d’une transmission allant en ce sens.

Même en art ou en littérature à l’université, même lorsqu’une démarche de recherche-création est entreprise, la logique de l’excellence contraint parfois les apprenants à l’agonie. Question de culture universitaire, de pure méthodologie, d’aveuglement provenant des meilleures intentions assurant l’accord tacite commun ? Contraints à l’agonie : à une activité sans valeur, sans économie de pertinence, au sacrifice de nos corps résultant d’une prolifération des dispositifs, à une insensée distraction. Puisque je suis aussi pluriel que les vies que je porte sous mes vêtements à l’université, sous le corps que je traîne trop souvent d’une chaise à l’autre. Quand je parle d’université, je parle d’une expérience de transition, je parle de volonté, je parle du savoir, je parle de la vie ; je parle d’exigence, je parle d’agonie : je parle de la fuite, du temps et de la finitude, du détournement, surtout de détournement, je parle d’apprendre à apprendre, de la création ; on dirait que je parle, je parle ; je parle, de ce qui se perd, de ce qui devient, de ce qui reste.

Ce qui subrepticement arrive, de la fatigue pour le peu de nous qui parvient à être, à habiter l’université par quelques inventions, cherchant ce qu’une bonne habitation comporterait, pour le dire dans les mots d’Edgar Morin, de complexe, d’humanisant, d’une expérience du savoir comme altérité.

Ainsi, dans le contexte d’une université en ruine, ces questions me semblent lancinantes : que m’est-il permis de connaître, que m’est-il permis de vivre, de créer, qu’en est-il du savoir, que permet une démarche de chercheur-créateur pour l’étudiant au sein de l’université et plus globalement, pour l’habitation d’une institution universitaire devenue un non-lieu ? Comment, tout en s’inscrivant dans les ruines de l’université, ne pas réitérer le discours de « l’Excellence », voir ne pas demeurer dupe de sa condition ? Comment parvenir à incarner cette « nouvelle communauté de penseurs », celle qui me semble toujours à venir ?

Une simple question de bon usage du dispositif ? Ou, au contraire, une question d’habitation par la subjectivisation, de résistance par la profanation des dispositifs ? Ce qu’appelle Giorgio Agamben un dispositif, à partir de Michel Foucault : « tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants[ii] ». En ce sens, je propose de voir en l’université actuelle un dispositif qui articule savoir et pouvoir dans un processus de désubjectivisation mettant en jeu la vie, qui archive la connaissance en contraignant les corps, qui produit une connaissance sans connaissance selon une économie de l’excellence, mettant à mal le principe de pertinence. Sa bibliothèque, quant à elle, est une partie de ce dispositif où ce savoir s’accumule, se vérifie et se transmet par l’écriture. L’étudiant est l’usager de prédilection de cette bibliothèque universitaire « sacrée », traditionnellement le lieu par excellence du travail intellectuel de la communauté universitaire, de son devenir, de son excellence autant que de sa misère, mais surtout, de son incarnation.

Mais on peut profaner un dispositif, nous rappelle Agamben, par la pensée, par la création.

*

Au mois de mai, il y a un jour,

le 11 mai, pour être précis,

un homme alla dans une bibliothèque d’une université en ruine.

Le nom de cet homme n’est pas important.

Il est mort ou peut-être mort, mais l’art est vivant.

Pas besoin de noms dans cette histoire.

 

Un homme, donc,

alla dans une bibliothèque d’une université en ruine.

En secret, faire d’excellentes choses avec d’excellents doigts

dans un excellent cabinet d’une excellente université nord-américaine

pendant un excellent congrès avec d’excellents intellectuels.

 

En secret, détourner l’ordre du savoir et du pouvoir et de son usage des corps.

Jouer de sa « grandeur d’âme »,

être indécent en public,

laisser sa trace

et chercher au plus profond de lui-même

le savoir absolu dans le lieu de la consécration de l’archive

pour apaiser la souffrance des corps subissant

la vacuité des discours abstraits de leur incarnation.

 

Mais,

à force de masturbation intellectuelle, il ne sait pas

s’il est devenu de sourd, aveugle ou paralytique 

ou simplement excellent

dans un excellent cabinet d’une excellente université nord-américaine

pendant un excellent congrès avec d’excellents intellectuels.

*

En tant que créateurs et penseurs, nous jouons donc avec des dispositifs afin d’apprendre, d’enseigner et d’essayer de mieux habiter l’université. Cela dit, c’est peut-être l’étudiant qui demeure le plus impuissant face aux pouvoirs des dispositifs et à l’exigence d’excellence de l’institution universitaire.

Que peut donc l’étudiant en tant que créateur, quels outils, quelles expériences peut-il développer, quel discours tenir pour malgré tout s’épanouir, quelle est sa responsabilité et celle de l’enseignant ? Dans l’université actuelle, je pense que cet étudiant, même s’il n’est pas encouragé à le faire, pour cheminer, pour s’en tenir à la nécessité, à la pertinence, doit multiplier dans sa pratique les transgressions, génériques, discursives, disciplinaires et institutionnelles, vivre l’expérience furtive en création de manière à aller aux delà des attentes de l’université – question qu’advienne l’inattendu. À cet étudiant, je suggère que lui soient donnés et reconnus ces possibles d’une création en dissensus, que ces possibles soient cultivés – par exemple, par la réalisation in situ d’expériences pratiques –, pour qu’il parvienne à incarner la création et la pensée comme expérience vivante, pour recréer l’habitation de l’université en celle-ci, pour l’ouvrir en dehors d’elle-même. S’il veut vivre, et non pas seulement survivre, pour déjouer la fatigue et l’aliénation, demeure cette possibilité – même réduite à l’état de résistance interstitielle – de s’adonner à une expérience furtive du jeu avec les formes, et contre toute attente, faire éclater en pratique l’artifice des disciplines et le discours de l’excellence : il doit ainsi composer avec le contexte dans lequel sa pensée et sa création s’inscrit — habiter coûte que coûte la réalité et profaner, ne serait-ce que furtivement.

L’expérience furtive à l’université, surtout pour poser et définir en acte cette question : que pourrait être l’apport d’une pédagogie de la création ouverte et pratique, en quelque sorte alternative, cultivant le dissensus[iii]?

Je pose du moins cette question à partir de ma pratique de l’art action. Je conçois l’art action en tant que mode d’intervention et d’action sur le réel, un réel que le performeur cherche à déconstruire. L’art action permet d’installer des questions dans l’espace, permet au performeur d’expérimenter son extrême responsabilité dans son action individuelle à travers un engagement concret, en tant que vivant, dans le jeu des dispositifs. Une dissertation, elle, a peu à voir avec ce type d’apprentissage que pourrait de fournir l’université. Et plus spécifiquement, en matière d’habitation des ruines de l’université en tant que « nouvelle communauté de penseur », qui ne pourrait être que diffuse à l’heure actuelle, c’est la possibilité d’incarnation d’une expérience furtive du jeu par la pratique de l’art action dans l’optique de l’art contextuel et d’une possible contribution à cette « nouvelle communauté » qui m’intéresse et que met en évidence Paul Ardenne dans son essai portant sur ce sujet, Un art contextuel.

 

L’art contextuel, tous ces arts soucieux de « tisser avec » la réalité par la présentation, ayant l’expérience comme règle artistique, demande une attention aux contextes, pour le dire dans les mots de l’artiste Daniel Buren, « une attention à tout ce qu’ils permettent, refusent, ce qu’ils cachent, mettent en valeur[iv] ». L’intervention artistique dans la réalité, dans l’optique de l’art contextuel décrite par Paul Ardenne, est nécessairement sujette à la dissension : « on joue avec les signes publics, on brouille les cartes, on met en scène des postures incohérentes, on obtient un déphasage aux effets inattendus ; l’artiste contextuel incarne à la fois l’association et la dissociation : implication, mais aussi critique ; adhésion, mais aussi défi[v] ».

Ces formes vivantes de l’art contemporain relevant de cet art contextuel, pour ne nommer que les pratiques furtives, les interventions, l’esthétique relationnelle et les manœuvres, me semblent à même d’inspirer dans l’apprentissage, voire l’enseignement universitaire, ne serait-ce que par les formes, les attitudes et les possibles qu’elles permettent d’incarner, des méthodes d’expérience créatrice, plus ou moins nouvelles, pouvant mener à une pratique prenant en compte les problèmes reliés non pas seulement à la création et à la pensée dans l’université actuelle, mais aussi d’enseignement, par la voie de l’expérimentation[vi].

Puisqu’il s’agit aujourd’hui de résister furtivement — mais pour combien de temps encore ? – aux attentes de l’institution universitaire pour déjouer la logique de l’excellence, pour habiter les ruines de l’université, la création serait ici une activité dotée d’une valeur de transformation et de pertinence par son détournement des simulacres et des simulations en contexte par un jeu dispositif qu’elle investit ; par la pratique, elle peut se faire pédagogie et éthique, actions micropolitiques dans l’université en ruine, formation de la ruse menant ainsi à l’expérience d’un art de vivre, de créer et de penser[vii].

Ccela peut paraître abscons, mais il s’agit peut-être de rendre possible « l’impossible possible », un peu comme le propose Derrida. Jouer, sans condition, à l’université, pour s’enseigner à jouer.

*

Au mois de mai, il y a un jour,

le 11 mai, pour être précis,

un homme alla dans une bibliothèque d’une université en ruine.

Le nom de cet homme n’est pas important.

Il est mort ou peut-être mort, mais l’art est vivant.

Pas besoin de noms dans cette histoire.

 

Un homme, donc,

alla dans une bibliothèque d’une université en ruine

et oublia subrepticement sur une table

son travail de fin de session

intitulé De l’excellence de la villosité : à propos de l’usage des corps dans les bibliothèques d’une université en ruine

présenté à Bill Readings

dans le cadre du cours Habitation-101 : Sagesse pratique et arts de vivre

au département de l’Excellence absolue de l’Université du Québec à Montréal.

 

Le 11 mai, il y a un jour,

un échantillon de l’excellence de la villosité fut oublié 20 ans trop tard

dans une bibliothèque d’une université en ruine,

rejoignant ainsi

toute la poussière de l’expérience de la connaissance humaine,

la consécration,

l’immortalité,

l’excellence même,

en archives accumulées ;

remettre son devoir à un mort,

donner son corps et la science,

s’abandonner

au coin d’une table ;

 

et cela,

pour tout ça,

pour rien que ça,

dans une bibliothèque d’une université en ruine.

*

Je dis jeu, pour ce jeu de l’archive, pour cette trace dont l’incarnation – l’activation – se doit d’être transformée par cette « nouvelle communauté ». Mais j’ai aussi reconnu chez Robert Filliou ce mot-idée qui me transportait déjà. J’en suis venu à jouer dans la bibliothèque de l’université en ruine avec ces quelques idées qui m’habitaient…

Chez Filliou, la création est avant tout un jeu amusant, irréductible à l’excellence, et incorpore le dissensus nécessaire à la pensée de manière ludique, humaine.  Ce jeu est une expérience engageant à prendre action, un art consistant à disposer de son corps oisif comme sa volonté le stipule ; le jeu a une économie parallèle à l’économie du capitalisme cognitif et à son idée d’excellence : quand la vie est en en jeu, on ne peut, on ne doit pas être excellent, mais bien pertinent — principe que manque l’université actuelle, comme l’a judicieusement mis en évidence Bill Readings.

Enseigner et apprendre, arts vivants[viii] de Robert Filliou est riche en propositions sur la pédagogie. L’artiste, se faisant essayiste, propose entre autres d’instituer un « Institut de la création permanente » où les artistes d’art vivant engagés dans des pratiques actuelles seraient les formateurs d’un art de vivre auprès d’apprenants mal adaptés – ou bien désœuvrés – face aux exigences du système : les arts d’action que sont les performances, les happenings, les manœuvres, les installations interactives, la musique non instrumentale, voire les jeux et les correspondances (ou, pour ce qui nous concerne, les pratiques furtives) pourrait permettre, d’après Filliou, d’incorporer la leçon de l’art en tant que liberté d’esprit dans la vie quotidienne de chacun.

Ce que je retiens de cette proposition de Filliou, qui me semble, aujourd’hui, irréalisable : apprendre à réfléchir ne se fera pas sans apprendre à réfléchir les règles du jeu et sans apprendre à les habiter de manière commune ; pour parvenir à habiter l’université, pour y vivre, il en en va de la pensée comme relevant de la faculté de création : il en va de notre capacité à adapter le contexte, à le réécrire furtivement. L’art action en tant qu’art contextuel me semble ainsi un moyen d’expérimentation où être soi-même en apprenant est possible, où les rencontres se tissent subrepticement, où l’inconditionnalité du savoir comme expérience de l’altérité s’accompagne d’une hospitalité de l’autre toujours à cultiver, tout cela demeurant trop furtivement dans l’université actuelle, d’où la valeur de la proposition de Filliou.

S’approprier les règles du jeu pour les revirer contre lui, pour se les apprendre — en catimini, s’il le faut.  C’est quelque chose comme un art de faire le canular le plus sérieux, à l’université…

*

Au mois de mai, il y a un jour,

le 11 mai, pour être précis,

un homme alla dans une bibliothèque d’une université en ruine.

Le nom de cet homme n’est pas important.

Il est mort ou peut-être mort, mais l’art est vivant.

Pas besoin de noms dans cette histoire.

 

Un homme, donc,

alla dans une bibliothèque d’une université en ruine.

En secret, ériger l’édifice du savoir absolu

en partant sans le reclasser.

 

Il vivait ainsi

une expérience furtive

dans une bibliothèque d’une université en ruine

où pouvait s’écrouler, dans sa précarité

l’édifice du savoir absolu.

 

Furtivement,

il vivait ainsi

pour s’apprendre à apprendre quelque chose

comme 

les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur

un peu avant que tout

s’écroule.

 

Furtivement,

il vivait ainsi,

inconditionnellement,

pour s’apprendre à apprendre quelque chose.

 

Le nom de cet homme n’est pas important.

Comme l’édifice du savoir absolu,

il est mort ou peut-être mort, mais quelque part, l’art est vivant

dans une bibliothèque d’une université en ruine.

 


Bibliographie :

AGAMBEN, Giorgio (2007), Qu’est-ce qu’un dispositif, Paris, Payot et Rivages.

ARDENNE, Paul (2002), Un art contextuel : création artistique en milieu urbain, en situation, d’intervention, de participation, Paris, Flammarion.

DERRIDA, Jacques (2001), L’Université sans condition, Paris, Galilée.

FILLIOU, Robert (2000), Enseigner et apprendre, arts vivants, Paris/Bruxelles, Archives Lebeer Hossmann.

LOUBIER, Patrice (2002), « Un art à fleur de réel : considérations sur l’action furtive », Inter, n° 81, p. 12-17.

MORIN, Edgar (2000), Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Paris, Seuil.

MORIN, Edgar (2005), Introduction à la pensée complexe, Paris, Seuil.

READINGS, Bill (2013), Dans les ruines de l’université, Montréal, Lux Éditeur.

RUFFEL, David (2010) « La littérature contextuelle », dans Littérature, n° 160, La Littérature exposée. Les écritures contemporaines hors du livre (dir : ROSENTHAL, Olivia et RUFFEL, Lionel) 2010, p. 61-71.


NOTES

[i] En d’autres mots, de pratiquer un art contextuel par l’art action pour ainsi agir sur le contexte universitaire, ne serait-ce que par le micropolitique et l’inframince, ne serait-ce que sur sa propre vie et sur son apport à l’université par ses gestes, par son attitude, par sa manière de penser, par les modalités (et leurs effets) de sa pratique artistique, bref, par son inscription, dans tout ce que cela comporte d’éthique et de sens. L’art contextuel, idée de Jan Swidzinski reprise par Paul Ardenne, sur laquelle je reviens plus loin dans mon propre texte, permet ainsi à ce dernier de présenter des possibilités des pratiques contemporaines de l’art action comme art contextuel de situation, d’intervention et de participation, agissant sur le réel et son interprétation. Les actions furtives et leur rapport au réel ont par ailleurs fait l’objet d’un commentaire de Patrice Loubier dans la revue Inter, n° 81, dans l’article intitulé « Un art à fleur de réel : considérations sur l’action furtive », qui montre bien comment ces pratiques peuvent être en tension entre « don » et « effraction ».

[ii] Giorgio Agamben, Qu’est-ce qu’un dispositif?, Paris, Payot et Rivages, 2007, p. 31.

[iii] Dès lors, on devient en droit de se demander et de définir en actes, par exemple, ce que pourrait être une « littérature contextuelle », sa pratique, son enseignement, dans les murs de l’université, puis vécue à l’extérieur de ces murs. Voir David Ruffel, « La littérature contextuelle », dans Littérature, n° 160, La Littérature exposée. Les écritures contemporaines hors du livre (dir : ROSENTHAL, Olivia et RUFFEL, Lionel) 2010, p. 61-71.

 

[iv] Daniel Buren, À force de descendre dans la rue, l’art peut-il enfin y monter?, Paris, Sens & Tonka, 1998, p. 86; cité dans Paul Ardenne, L’art contextuel. Création artistique en milieu urbain, en situation d’intervention, de participation, Paris, Flammarion, 2002, p. 16.

[v] Paul Ardenne, L’art contextuel. Création artistique en milieu urbain, en situation d’intervention, de participation, Paris, Flammarion, 2002, p. 33.

[vi] Pour le dire plus clairement : je demande ici, aux professeurs de création, mais sans doute est-ce ici une posture un peu trop radicale, d’oser l’expérimentation directe – le laboratoire vivant – et de réviser certaines « recettes », comme celle des ateliers d’écriture, que je trouve personnellement souvent trop artificiels puisque qu’étant restreint aux impératifs et aux idées sur l’art, tantôt pauvres, tantôt technocratiques, réitérées ad nauseam, d’une université en ruine n’épargnant pas, par son influence, le devenir de l’institution artistique.

[vii] À vrai dire, je ne crois pas qu’il soit envisageable que des mesures prises en commun pour réenchanter l’université, à grande échelle, que ce soit par la création ou de toute autre manière, soient fonctionnelles – ma proposition sur le furtif en est une peut-être plus de la création de ses propres conditions d’habitation et de la résistance au singulatif.

[viii] Ou en anglais, performing arts, arts performatifs, ce qui n’est pas du tout l’équivalent de l’expression « arts vivants » et de l’idée qu’elle suggère. Par ailleurs, si je présente le potentiel d’innovation pédagogique que porte l’essai-carnet de Robert Filliou, je crois également qu’il convient également d’entretenir une certaine distance critique par rapport à son ouvrage, qui s’inscrit dans un contexte très spécifique, celui de mai 68, contexte qui a peu de chose à voir avec celui qui est le nôtre.


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